IA en éducation et souveraineté pédagogique des enseignants : entre émancipation ou amplification d’inégalités

Le métier d’enseignant est confronté depuis longtemps à des tensions entre exigences institutionnelles et posture professionnelle (Tardif et Lessard, 1999). Avant l’IA — et même Internet — l’enseignant était perçu comme détenteur du savoir et autorité cognitive, exerçant une forme de « souveraineté pédagogique » fondée sur le contrôle de l’accès à la connaissance (Yust et Rojas, 2024 ; Chen, 2025). L’émergence des IA génératives modifie cet équilibre et cette transformation soulève des enjeux majeurs d’équité : qui a accès à l’IA et pour quels usages? Si une IA peut expliquer presque tout, instantanément, il devient légitime de se demander : que reste-t-il à l’enseignant ? Nous posons l’hypothèse que l’IA ne supprime pas sa souveraineté, mais la déplace : d’un pouvoir de transmission vers un pouvoir de jugement, d’éthique et d’équité (Holmes, Bialik et Fadel, 2019). Si l’IA fournit des réponses, elle n’assume aucune responsabilité pédagogique. Dans ce contexte, l’enseignant voit son rôle se redéployer : il devient à la fois médiateur, interprète et concepteur d’expériences d’apprentissage, mais aussi régulateur des dimensions cognitives, émotionnelles et relationnelles de l’apprentissage. Il ne se limite plus à transmettre des savoirs, mais agit comme un constructeur de sens. Ainsi, si l’IA démocratise l’accès aux réponses, l’enseignant demeure un acteur central de la justice scolaire. Il reprend ainsi un rôle de praticien réflexif (Schön, 1987 ; Tardif et Lessard, 1999).